Retour sur une intervention exceptionnelle

Témoignage de l’équipage du FPTSR de Belfort-sud  

Mardi 31 décembre 2019, l’équipage du fourgon pompe tonne et de secours routier (FPTSR) du centre de secours de Belfort-sud part en renfort des moyens du Doubs sur un exceptionnel feu de parking souterrain de 14 000 m² à Besançon.

Déclenchés à 12 h 27, l’adjudant-chef Frédéric Parent, les sergents-chefs Sébastien Boillot, Laurent Gamba, Tarik Labidi, Fabrice Oswalt et le caporal Matthieu Billot arrivent sur les lieux à 13 h 22, soit plus de trois heures après le début de l’incendie. En chemin, ils pensent qu’à leur arrivée l’incendie sera maitrisé et qu’ils ne devront intervenir que sur du déblai, mais il n’en est rien. Le feu parti d’un véhicule progresse toujours et impacte désormais trente véhicules ! Frédéric, chef d’agrès du FPTSR, assure l’interface entre le chef de secteur incendie du SDIS 25 et son équipe.

La première mission des deux binômes, Laurent-Sébastien et Tarik-Matthieu, consiste à faire une reconnaissance des cellules commerciales situées au dessus du parking afin d’évaluer l’état de la structure bâtimentaire.

Leur seconde mission est d’intervenir directement sur le secteur de l’incendie. Dans ce genre d’intervention où l’ambiance thermique est très élevée, la sécurité des intervenants reste une préoccupation prépondérante et Frédéric veille à ce qu’il n’y ait pas d’accident pour ses deux binômes qui vont effectuer quatre passages dans le parking.

– Premier passage : Les binômes du SDIS 90 s’engagent dans le parking avec une lance chacun, au côté des binômes du SDIS 25. Ils évoluent pendant 10 minutes accroupis tant la chaleur est insoutenable. L’air est saturé en vapeur d’eau et en fumée, ils n’ont aucune visibilité à deux mètres. Dans ces conditions, ils ne peuvent progresser que de soixante mètres en suivant les lances guides pour ne pas se perdre. Les équipiers de chaque binôme veillent les uns sur les autres et intervertissent leurs places pour se protéger mutuellement de la chaleur, mais ce n’est pas suffisant.A leur sortie, Frédéric resté à l’entrée constate que c’est très éprouvant pour les binômes d’attaque. Il veille à leur réhydratation et récupération. La décision est prise d’utiliser deux lances-canon du SDIS 25 et du SDIS 90. Fabrice, conducteur du fourgon, approche celui-ci au plus près de l’entrée du parking et établit la lance-canon avec deux tuyaux de 70 mm de diamètre.

– Deuxième passage : Les lances-canon des SDIS 25 et 90 sont positionnées par leurs binômes puis mises en route.

– Troisième passage : Après une vérification de leur efficacité dans une ambiance « rafraichie », elles restent en place pendant 45 minutes.

Ce moment de pause permet à l’équipage de se restaurer et recharger leurs appareils respiratoires isolants.

– Quatrième passage : Ce sont les binômes du SDIS 90 qui sont chargés de procéder au retrait des deux lances. Lorsqu’ils rentrent dans le parking, ils sont confrontés à une chaleur épouvantable dans une vapeur d’eau ultra dense, sans visibilité pour retrouver les lances ! Ils progressent abaissés, il leur est impossible de ramper car il le sol est inondé par l’eau des lances. La seule façon pour eux de sortir au plus vite de cet enfer est de retirer les lances par leurs tuyaux.

Ce quatrième passage est le dernier pour les binômes, l’équipage doit réintégrer sa garde sur le centre de secours de Belfort-sud et c’est Fabrice qui assure la logistique et leur retour dans de bonnes conditions sur Belfort à 20 heures. L’équipage fatigué mais content d’avoir participé à une telle intervention a repris sa garde prêt à intervenir dans l’agglomération de Belfort en cette nuit de la Saint Sylvestre.

Ce n’est que le lendemain, qu’ils ont pris conscience du niveau de risques, thermique et d’effondrement de la structure, de cette intervention inédite et complexe. Cependant, ils sont très heureux et fiers d’avoir partagé une telle situation opérationnelle avec le SDIS 25. Elle restera à jamais gravée dans leurs mémoires.

Cette intervention a nécessité dix-sept heures de lutte contre le feu et de refroidissement de la structure. Le centre commercial situé au dessus du parking et 150 véhicules ont été préservés, cependant plus de 150 véhicules ont été détruits.

Crédit Photo : David Wahler – SDIS 25